Polychlorobiphényles et fluorescéine
dans la Chicago River
aquarelle sur papier, 30x40 cm, 2009
Yann Desfougères
Á propos du travail de Yann Desfougères :
Polychlorobiphényles et fluorescéine dans la Chicago River fait partie d'une série d'aquarelles sur papier de petits formats réalisées en 2009 par Yann Desfougères. Loin de l'univers grandiloquant de la peinture romantique, l'artiste fait le choix d'une technique amateur afin d'illustrer ce que nous pouvons interpréter comme des désastres écologiques. Les images choisies et leurs références culturelles (Le lapin aquarellé de Durer, celui d’Eduardo Kac, les eaux vertes d'Uriburu et celles d’Eliasson, les incendies de Turner...), utilisées telles des fragments forts d'un récit dont on ne connait pas l'intrigue, deviennent de véritables énigmes interrogeant notre rapport à la science et au savoir tant par leur picturalité que par leurs titres.
Par cette revendication amateur, l'artiste instaure un « jeu sérieux » ou encore « une feintise ludique » dans lesquels le faux (ici le vert de la rivière est dû en vérité à la commémoration de la St-Patrick) n'est pas ici pour tromper mais proposer d'autres lectures, une action poétique. Les images reprises pour réaliser les peintures sont rendues au rang du show revisité. L'auteur/spectateur d'abord imprégné, réinterprète l'image qu'il aime par ses propres moyens et sublime, dans ce cas, l'image de la catastrophe dont l'esthétisation procure une vision mystérieuse et inquiétante.
La réapropriation, en bonne logique de productions postmodernes, se réalise dans la plupart des oeuvres de l'artiste. Dans Phénomènes, des photographies tirées d'internet sont retouchées créant des trompe l'oeil subtils, puis réintégrées à un blog. Avec Ciromancie, c'est une pratique divinatoire ancestrale qu'il convoque afin de répondre à des questions scientifiques et sociales contemporaines. Ingénierie du quotidien est, quant à elle, une série sculpturale qui illustre l'appropriation des savoirs et représente des techniques de pointe à l'aide d'objets familiers. La place de la mimèsis pose ici la question de la porosité de l'homme face à son environnement et un profond questionnement à propos de la fracture qui s'opère entre nature et culture.