Création & techniques

La création sonore en France, de la musique concrète au GRM et à l'Ircam

Création & techniques · · Publié le 2026-10-27

Détail d'un synthétiseur modulaire : boutons rotatifs et câbles de raccordement
Détail d'un synthétiseur modulaire Moog. Photographie de FranckinJapan, CC0.

Bien avant que l'on parle d'« arts numériques », la France a été l'un des lieux où l'on a inventé de nouvelles façons de composer avec le son enregistré, puis avec l'ordinateur. Deux institutions publiques en sont les héritières : le Groupe de recherches musicales, aujourd'hui rattaché à l'Institut national de l'audiovisuel, et l'Ircam, à Paris. Leur histoire éclaire beaucoup de pratiques sonores actuelles, des installations aux performances électroniques.

1948 : la musique concrète

Pierre Schaeffer, ingénieur et homme de radio, travaille après la guerre dans le studio d'essai de la radiodiffusion française. Selon la notice biographique publiée par l'Ircam, c'est dans ce cadre que « va naître la musique concrète en 1948, avec notamment les Études de bruits ». L'idée est radicale : au lieu de partir de notes écrites sur une partition, on part de sons enregistrés (un train, une casserole, une voix), que l'on transforme et assemble directement sur le support.

Schaeffer est rejoint par Pierre Henry, qui devient son plus proche collaborateur. Leur Symphonie pour un homme seul, chorégraphiée par Maurice Béjart, fait le tour du monde en 1955. Pour la première fois, une œuvre composée à partir de sons enregistrés touche un large public.

Du groupe de recherche au GRM

En 1951, Schaeffer fonde au sein de la radio le Groupe de recherche de musique concrète. En 1958, ce groupe devient le Groupe de recherches musicales, le GRM. La même année, Schaeffer compose ses Études aux allures, aux sons animés et aux objets. Sa réflexion théorique aboutit au Traité des objets musicaux, publié en 1966, qui propose une manière d'écouter et de décrire les sons indépendamment de leur source.

En 1966, Schaeffer laisse la direction du GRM à François Bayle. Il dirige par ailleurs le service de la recherche de l'ORTF jusqu'à son remplacement par l'Institut national de l'audiovisuel (Ina), en 1975 ; le GRM est depuis rattaché à l'Ina. Pierre Schaeffer meurt à Aix-en-Provence le 19 août 1995.

Le GRM a formé et accueilli des générations de compositeurs, développé des dispositifs de diffusion du son dans l'espace, et conçu des outils logiciels de traitement sonore utilisés bien au-delà de la musique savante. Ses enregistrements et ses archives sont conservés au sein de l'Ina.

L'Ircam, la recherche au cœur de Paris

D'après la chronologie publiée par l'Ircam, Pierre Boulez est invité en 1970 par le président Georges Pompidou à créer et diriger un institut consacré à la recherche et à la création musicales, sous l'égide du futur Centre Pompidou. L'institut est fondé dans les années qui suivent, et son bâtiment, conçu par Renzo Piano et Richard Rogers, ouvre en 1977. Il est en grande partie souterrain, sous la place Igor-Stravinsky, à côté du Centre Pompidou auquel il est associé.

L'Ircam, pour Institut de recherche et coordination acoustique/musique, réunit chercheurs, ingénieurs et compositeurs. Il a pour objectif d'organiser les échanges entre recherche scientifique, développement technologique et création musicale. C'est là que Miller Puckette a conçu Max, un environnement de programmation graphique pour la musique en temps réel, avant de créer Pure Data, que nous présentons dans notre article sur les outils libres de la création interactive.

Ce que cet héritage offre aujourd'hui

Le son dans les arts visuels

La création sonore ne se limite pas au concert. Depuis plusieurs décennies, le son est un matériau des arts plastiques : installations, sculptures sonores, pièces radiophoniques, parcours d'écoute, performances. Les écoles d'art publiques ont des ateliers son, et certaines en ont fait un axe fort, comme Bourges avec son parcours « Dimensions sonores ».

Ces œuvres posent des questions spécifiques. Comment les exposer sans qu'elles se gênent entre elles ? Comment les vendre ou les céder à une collection ? Comment les conserver quand elles dépendent d'un lecteur, d'un logiciel ou d'un dispositif de diffusion ? Nous abordons ce dernier point dans notre article sur la conservation des œuvres numériques, et la présentation au public dans notre panorama des festivals et lieux d'arts numériques.

Pour commencer à écouter

  1. Les archives sonores de l'Ina, en ligne, pour la musique concrète des débuts.
  2. Les saisons publiques du GRM et de l'Ircam, à Paris.
  3. Les ressources documentaires de l'Ircam sur les compositeurs (notices biographiques, catalogues d'œuvres).

Quelques notions à connaître

Sources