Métier & droits

Le statut d'artiste-auteur : Urssaf, SIRET, cotisations et seuil des 600 heures de Smic

Métier & droits · · Publié le 2026-10-27

Machine à écrire ancienne Remington exposée dans une vitrine de musée
Machine à écrire Remington n° 1 (1873-1878), Wisconsin Historical Museum. Photographie de Daderot, CC0.

Vendre une œuvre, toucher une bourse, être payé pour une exposition ou céder des droits de reproduction : pour un artiste plasticien ou numérique, ces revenus relèvent d'un régime social particulier, celui des artistes-auteurs. Il conditionne l'accès à la plupart des aides publiques, la protection sociale et les droits à la retraite. Voici ses grandes lignes, telles qu'elles ressortent des sources officielles ; les règles évoluent souvent, et un point à jour auprès de l'Urssaf reste indispensable.

Qui est artiste-auteur ?

Le régime des artistes-auteurs couvre les personnes qui tirent des revenus de la création d'œuvres de l'esprit et de leur exploitation : auteurs de l'écrit, compositeurs, photographes, auteurs d'œuvres audiovisuelles, et artistes des arts graphiques et plastiques. Un artiste qui crée des installations numériques, des œuvres vidéo, des pièces sonores exposées ou des œuvres génératives relève en principe de ce régime pour les revenus tirés de ces œuvres : ventes, commandes, droits d'auteur, bourses de création et de recherche, rémunération du droit de présentation.

D'autres activités ne relèvent pas de ce régime, même pour un artiste : un cours donné comme salarié, une prestation technique (installer le matériel d'un autre), une activité commerciale. Une même personne peut donc avoir plusieurs statuts à la fois ; il faut bien distinguer ses revenus.

L'Urssaf du Limousin, interlocuteur unique

Depuis le 1er janvier 2019, le recouvrement des cotisations des artistes-auteurs a été confié à l'Urssaf du Limousin, qui est devenue l'interlocuteur des artistes-auteurs pour leurs déclarations et le règlement de leurs cotisations sur les revenus perçus à partir de cette date. Auparavant, ces missions relevaient de deux organismes, l'Agessa et la Maison des artistes. La déclaration se fait dans un espace personnel en ligne dédié aux artistes-auteurs.

Le régime a connu d'autres réformes depuis, et la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 a encore modifié la répartition des missions. Les informations pratiques à jour se trouvent sur le site de l'Urssaf consacré aux artistes-auteurs.

Le SIRET, porte d'entrée des aides

Pour facturer et pour déposer la plupart des demandes d'aide, un artiste a besoin d'un numéro SIRET, qui l'identifie comme professionnel. L'aide individuelle à la création des DRAC, par exemple, est réservée aux artistes professionnels titulaires d'un SIRET et affiliés au régime des artistes-auteurs. Les démarches de déclaration de début d'activité passent aujourd'hui par le guichet unique des formalités d'entreprises ; les modalités sont décrites sur le site de l'Urssaf.

BNC ou traitements et salaires

Fiscalement, les revenus artistiques peuvent être déclarés en bénéfices non commerciaux (BNC), ce qui est le cas le plus fréquent pour les plasticiens qui vendent leurs œuvres et engagent des frais, ou, dans certains cas, en traitements et salaires, notamment lorsque les droits d'auteur sont versés par un diffuseur qui précompte les cotisations. Le choix a des conséquences sur la manière dont les cotisations sont calculées et appelées. Les artistes-auteurs déclarant en BNC reçoivent un échéancier de cotisations provisionnelles, régularisées ensuite sur les revenus réels.

Les frais professionnels, dont le loyer d'un atelier, comptent dans ce calcul pour qui déclare en BNC selon le régime adapté. C'est l'une des raisons pour lesquelles le choix d'un lieu de travail a des effets bien au-delà du budget mensuel : nous y revenons dans notre guide pour louer un atelier ou un logement-atelier.

Le seuil des 600 heures de Smic

Selon une brochure de l'Urssaf publiée en janvier 2026, les revenus annuels doivent atteindre un seuil fixé à 600 fois le Smic horaire pour valider quatre trimestres de retraite et ouvrir les droits aux indemnités journalières en cas de maladie, de maternité, de paternité ou d'invalidité. Ce seuil correspond à 7 212 euros pour 2026.

Si les revenus n'atteignent pas ce seuil, l'artiste peut choisir de « surcotiser » : ses cotisations vieillesse sont alors calculées sur la base de 600 Smic horaires, tandis que les autres contributions (CSG, CRDS, contribution à la formation professionnelle) restent calculées sur le revenu artistique réel. C'est un choix qui coûte plus cher dans l'immédiat, mais qui protège pour l'avenir ; il mérite d'être étudié dès les premières années.

Des évolutions ont été annoncées pour les nouveaux artistes-auteurs à partir de 2027, notamment sur la base provisoire de cotisation des débutants déclarant en BNC. Elles doivent être vérifiées auprès de l'Urssaf au moment de s'installer.

Les bons réflexes

  1. Déclarer son activité dès les premiers revenus artistiques, plutôt que d'attendre une aide qui l'exige.
  2. Tenir une comptabilité simple : recettes par nature (ventes, droits, bourses, présentation publique) et frais (matériel, atelier, déplacements).
  3. Distinguer les activités qui relèvent du régime des artistes-auteurs et celles qui n'en relèvent pas.
  4. Vérifier chaque année le seuil et décider en connaissance de cause de surcotiser ou non.
  5. Facturer les bonnes lignes, notamment la rémunération du droit de présentation lors d'une exposition, et les cessions de droits d'auteur.

Pour les bourses de résidence, le traitement social et fiscal dépend de leur nature ; demandez à la structure d'accueil comment elle les qualifie.

Où se renseigner

Pour une question sur votre situation personnelle, l'interlocuteur est l'Urssaf, par la messagerie de votre espace en ligne. Les organisations professionnelles d'artistes-auteurs publient aussi des guides pratiques, et certaines DRAC organisent des réunions d'information sur le statut, notamment pour les jeunes diplômés des écoles d'art.

Sources